2 251 personnes recensées sans abri au Burundi
Entre des
milliards de personnes confrontées à l’insécurité du logement dans le monde, 2
251 personnes recensées sans abri au Burundi et un écart économique
considérable avec les grandes puissances, le thème « Un logement sûr pour tous
» remet la dignité humaine au centre du combat contre la pauvreté.
Bujumbura, le 16 octobre 2026 , Gako News-Blog— « Un logement sûr pour tous » : tel est le thème retenu pour l’édition 2026
de la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté, célébrée chaque année le 17 octobre.
À
l’occasion de cette Journée internationale, Antonio Guterres appelle à la mobilisation de la volonté
politique et les investissements nécessaires pour garantir à chacun et chacune
un logement sûr et la possibilité de se bâtir une vie digne, à l’abri de la
pauvreté.
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| Une hutte de la communauté Batwa, Shombo, Barinzigo Julien-Fedu Burundi |
Une
crise mondiale qui touche des milliards de personnes
Selon les estimations
présentées par ONU-Habitat dans son World
Cities Report 2026, jusqu’à 3,4
milliards de personnes n’ont pas accès à un logement sûr,
sécurisé et adéquat. De son côté, la page officielle des Nations unies
consacrée à la Journée internationale évoque plus de 2,8 milliards de personnes
confrontées à différentes formes d’inadéquation du logement, dont environ 1,1
milliard vivant dans des quartiers informels ou des bidonvilles.
L’ONU souligne
également que plus de 300 millions de personnes dans le monde sont privées d’un
véritable logement. Ces estimations reposent sur des définitions différentes de
l’insécurité résidentielle, mais elles convergent sur l’ampleur de la crise.
Les projections du
Fonds monétaire international pour 2026, publiées dans son World Economic Outlook
d’avril, estimaient le produit intérieur brut (PIB) nominal des États-Unis à environ 32 384
milliards de dollars, contre environ 8,14 milliards de dollars pour
le Burundi soit 4 000 fois supérieure à celle du Burundi. L’écart
apparaît également lorsqu’on examine le PIB par habitant. Pour 2026, le FMI
projetait environ 94
430 dollars par habitant aux États-Unis, contre 546 dollars au Burundi,
aux prix courants. En parité de pouvoir d’achat, le PIB par habitant du Burundi
était estimé à environ 1
030 dollars internationaux.
Au
Burundi, 2 251 personnes recensées sans abri
Selon les résultats du
Recensement général de la population, de l’habitat, de l’agriculture et de
l’élevage de 2024, publiés par l’Institut national de la statistique du Burundi,
2 251 personnes
ont été recensées comme sans-abri, dont 2 104 en milieu urbain
et 147 en milieu rural, parmi les foyers les plus visés sont celles de la
communauté Batwa.
La question de
l’habitat est indissociable de celle de l’accès à l’eau, à l’hygiène et à
l’assainissement. Selon l’analyse budgétaire 2024-2025 de l’UNICEF consacrée à
ce secteur au Burundi, les indicateurs du Programme commun OMS/UNICEF de suivi
pour 2023 faisaient état d’un accès aux services d’assainissement de base de 45,7 %. Le même
document indiquait que seulement 6,3
% de la population disposait d’un service de base pour le lavage des mains avec
de l’eau et du savon.
Ces données montrent
qu’une habitation ne peut être considérée comme pleinement adéquate si ses
occupants ne disposent pas des conditions minimales d’hygiène et
d’assainissement.
Pour l’exercice
budgétaire 2024-2025, les allocations publiques consacrées à l’eau, à l’hygiène
et à l’assainissement s’élevaient à 55,3 milliards de francs burundais, soit
environ 19,4 millions de dollars selon le taux de conversion utilisé dans le
rapport de l’UNICEF. Cette enveloppe représentait 1,1 % du budget total de
l’État et 0,4 % du PIB. Ces montants concernent le secteur de l’eau, de
l’hygiène et de l’assainissement, et non le seul logement.
La
pauvreté, une réalité multidimensionnelle
La pauvreté ne se
résume pas au manque d’argent. Elle se manifeste aussi par l’insuffisance de
nourriture, l’impossibilité de se soigner, les difficultés d’accès à l’école,
le manque d’eau potable et l’absence d’un logement convenable. Le Secrétaire
Général des Nations Unies affirme
que la pauvreté constitue une atteinte à
la dignité humaine et un déni des droits humains. Elle réduit le champ des
possibles et amplifie la vulnérabilité des individus face aux crises.
Au Burundi, la Banque
mondiale estime que 74,2 % de la population vivait avec moins de 3 dollars
internationaux par jour, selon la parité de pouvoir d’achat de 2021 et les
données de référence de 2020. Il s’agit de la dernière estimation affichée pour
cet indicateur dans le profil-pays consulté, et non d’une mesure réalisée en
2026.
Cette
proportion souligne l’ampleur du défi auquel sont confrontés les ménages à
faibles revenus. Pour ces familles, le coût du terrain, des matériaux de
construction, du loyer et des services essentiels peut rendre difficile l’accès
à une habitation convenable.
Antonio ajoute les
conséquences – creusement des inégalités, mise en péril de la santé, perturbation
de l’éducation et difficultés toujours plus grandes d’accès à un emploi stable
– peuvent se faire sentir sur plusieurs générations.
Pour le pasteur
Nittunga Willy, de l’Église du Rocher de Maramvya, en commune Ntahangwa, la
pauvreté comporte également une dimension spirituelle et relationnelle. « La
pauvreté est d’abord le manque de relations avec son Dieu, ensuite avec
soi-même et enfin avec les autres », estime-t-il.
Cette lecture rappelle
que la pauvreté peut être vécue comme une rupture des liens sociaux et une
perte de dignité, au-delà des seuls indicateurs monétaires. Dans l’approche des
Nations unies, elle constitue également une privation de droits et de
possibilités, qui réduit la capacité des personnes à faire face aux crises et à
construire leur avenir.
«
Le logement pour tous est un leurre », estime Kobako Gaspard
Le thème de cette
année suscite aussi des interrogations sur la capacité des engagements
internationaux à produire des changements concrets dans les pays les plus
pauvres.
Kobako Gaspard,
président du parti AND Intadohoka et candidat à la présidentielle, considère
que les déclarations internationales risquent de rester théoriques en l’absence
de politiques nationales suffisamment ambitieuses. Il décrit les propos du
Secrétaire général des Nations unies comme une « déclaration d’intention » et
estime que « le logement pour tous est un leurre, surtout dans des pays comme
le Burundi ».
Il dénonce notamment
la persistance de la pauvreté des ménages et l’insuffisance, selon lui, des
politiques de réinsertion des enfants en situation de rue. Le chiffre d’environ
7 000 enfants en situation de rue qu’il évoque correspond à un ordre de
grandeur déjà mentionné dans des documents et enquêtes antérieurs ; il ne
constitue pas, en lui-même, un décompte actualisé pour 2026.
La question mérite une
attention particulière : un enfant privé d’un cadre de vie stable est davantage
exposé aux risques liés à la rue, à l’interruption de sa scolarité et à
l’exclusion sociale. La réponse ne peut donc se limiter à fournir un toit
temporaire. Elle suppose aussi un accompagnement familial, éducatif et social
adapté.
Les critiques
formulées par Kobako Gaspard posent ainsi la question de la mise en œuvre des
Objectifs de développement durable : comment passer des engagements
internationaux à des résultats vérifiables dans la vie des populations ?








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